Imperfection

J’ai eu une idée aujourd’hui, de tout quitter, tout, et tout le monde, prendre le large et partir très loin.

Istanbul, juin 2016

Même plus la force d’écrire.
Même plus la force de rire.
Même plus la force de sourire
, même poliment.

Une tristesse, immense, qui me submerge, que même une belle salade de fruits, jolie, jolie et un morceau de gâteau au chocolat avec des profiteroles n’arrivent à prendre le dessus.

Il fait beau, il  y a un ciel bleu éclatant, il fait une chaleur étouffante.  C’est le temps de l’allégresse, c’est le temps du soleil, des vacances, de la plage, de l’insouciance et pourtant dans mon coeur, c’est comme un jour de pluie, froid, gris. C’est une tempête de tristesse, un tsunami d’angoisse et de désarroi.

J’ai eu une idée aujourd’hui, de tout quitter, tout, et tout le monde, prendre le large et partir très loin.

Mais c’est quoi mon problème?! Je serai censée être une personne heureuse, satisfaite, privilégiée: parce que je viens de Suisse, parce qu’on m’a transmis des valeurs fortes, parce que je parle 5 langues plus ou moins bien. Oui peut-être, oui sûrement, oui par rapport à bien des gens sur cette terre, je suis privilégiée.

Mais à quoi bon tout cela, si je dois me sentir mal en permanence, si je dois me sentir nulle en permanence, si je dois avoir un cerveau malheureux, car trop avancé, trop sensible, trop porté à l’autocritique, trop imparfait?

 

 

La marque

Mais est-il seulement possible de ne pas être marqué par l’existence?

Mars 2016

Marcher et observer: les gens, sois-même, les lieux, les yeux, les visages, les expressions, les pensées.

J’ai l’impression que, comme mon regard sonde, alors au même moment, mes sourcils froncent, que j’ai la mine sévère et inaccueillante. Mais ce n’est pas ça, je suis juste concentrée sur mon univers.

Je regarde tout, tout le monde.

Premièrement, cette jeunesse, encore bien jeune (comme moi mais plus que moi), inexpérimentée et pourtant arrogante, méprisante. Petits immortels inconscients.

Deuxièmement, les amoureux, qui en se tenant par la main, se témoignent publiquement leur attachement, leur affection. Eux aussi, un autre type d’inconscients, ces fous. Entre vous et moi, qui souffre le plus: moi de ma solitude ou vous de votre non-solitude et de votre solitude à deux? L’herbe est toujours plus verte ailleurs.

Je divague à nouveau. Car ma pensée première était: J’aime les êtres marqués par l’existence, qui prennent la vie à coeur, à corps, pour en élever la signification et le but. Ce n’est probablement pas l’âge qui détermine si l’être est marqué ou non, mais en grande partie son parcours, ses expériences heureuses et malheureuses.

Mais le regard, oui j’aime pouvoir me fondre dans les yeux de quelqu’un et chercher, voir, m’y plonger. Les yeux, le miroire de l’âme n’est-ce pas?

Il y a néanmoins d’autres sortes de marques: la douceur, la joie, la colère, l’innoncence, la pureté, la déception, l’amour, la résignation.

Mais est-il seulement possible de ne pas être marqué par l’existence?