Imperfection

J’ai eu une idée aujourd’hui, de tout quitter, tout, et tout le monde, prendre le large et partir très loin.

Istanbul, juin 2016

Même plus la force d’écrire.
Même plus la force de rire.
Même plus la force de sourire
, même poliment.

Une tristesse, immense, qui me submerge, que même une belle salade de fruits, jolie, jolie et un morceau de gâteau au chocolat avec des profiteroles n’arrivent à prendre le dessus.

Il fait beau, il  y a un ciel bleu éclatant, il fait une chaleur étouffante.  C’est le temps de l’allégresse, c’est le temps du soleil, des vacances, de la plage, de l’insouciance et pourtant dans mon coeur, c’est comme un jour de pluie, froid, gris. C’est une tempête de tristesse, un tsunami d’angoisse et de désarroi.

J’ai eu une idée aujourd’hui, de tout quitter, tout, et tout le monde, prendre le large et partir très loin.

Mais c’est quoi mon problème?! Je serai censée être une personne heureuse, satisfaite, privilégiée: parce que je viens de Suisse, parce qu’on m’a transmis des valeurs fortes, parce que je parle 5 langues plus ou moins bien. Oui peut-être, oui sûrement, oui par rapport à bien des gens sur cette terre, je suis privilégiée.

Mais à quoi bon tout cela, si je dois me sentir mal en permanence, si je dois me sentir nulle en permanence, si je dois avoir un cerveau malheureux, car trop avancé, trop sensible, trop porté à l’autocritique, trop imparfait?

 

 

Inconstance

Si tout se passe comme pensé alors c’est un miracle, mais en fait un miracle ennuyeux car il n’y a pas eu d’inconstance.

Istanbul, mai 2016 –

27 ans déjà, 27 ans seulement.
Je suis depuis trois semaines à Istanbul, depuis une semaine, j’habite un immense appartement qu’il a fallu remeublé.

Depuis trois semaines, je ne fais rien comme je l’avais prévu, jamais.
Chaque jour est une surprise. Pas de routine ou peu. Ou alors le matin , je fais les choses qui me tiennent à cœur car le reste de la journée est faite d’imprévus en tous genres.
J’ai décidé de ne pas rester figée dans mes habitudes, je fais comme les gens d’ici: je me couche tard et me lève… tôt, ou tard. Tôt ou tard je me lève.
En général, le programme prévu jusqu’à 11h tient, après c’est l’aventure, l’inconnu.
Si tout se passe comme pensé alors c’est un miracle, mais en fait un miracle ennuyeux car il n’y a pas eu d’inconstance. « Bon, tout s’est passé comme prévu, bon ok. Dommage! »

Et je ne me suis pas inscrite dans une école de langue comme prévu.
Et je n’ai pas demandé d’autorisation de séjour comme prévu.
Et je n’ai pas pris d’appartement toute seule comme prévu.
Et je n’ai pas pris d’appartement meublé comme prévu.

Et je suis fière de ce déroulement. Pour moi, c’est faire preuve d’adaptation, c’est déjà une preuve d’avancement. C’est ce que je voulais et je l’ai eu, tout dans son ensemble et encore bien plus que tout ce que j’avais pu m’imaginer. 

Tout ici a une autre odeur, tout ici a une autre couleur, tout ici a un autre rythme, tout ici semble être à l’envers: la manière de penser, la langue dite agglutinante car caractérisée par de nombreux pré et suffixes et qui inverse la place des éléments, l’heure, le temps, les gens, les lieux, tout.

Et moi, qui dans les premiers jours de mai, me promène avec des couleurs un peu trop éclatantes, du rose, du bleu, du vert turquoise, alors qu’ici les couleurs sont plus sombres, variant du bleu foncé au noir avec beaucoup de brun, de beige. Je sors du lot. Je ne le souhaitais pas en fait, mais je me rends compte que j’attire les regards, un peu trop d’ailleurs, de plus hommes et femmes me regardent d’un air étrange.

J’ai donc compris, ces habits, ces couleurs ne sont pas adaptés pour ici.
Se fondre dans la masse, faire comme eux dans une certaine mesure, pour les atteindre, pour les aborder. 

 

 

Bribes turques. 14

Istanbul, décembre 2015 –

Ce que je déteste par-dessus tout c’est que les autres restreignent ma liberté de mouvement: on veut m’aider, m’expliquer, m’imposer une vision des choses, me dire, tu verras ici c’est comme ceci, c’est comme cela, tu verras, tu verras…

Je verrai quoi exactement? Que ma vision des choses est très différente de la tienne et que donc je ne verrais jamais ce que tu vois et même si un jour je le verrais alors laisse-moi le découvrir toute seule. C’est mon défi, mon voyage, mon objectif. […]

Rien ne t’autorise à me piétiner et à prendre l’ascendant sur moi.