Bribes turques. 5

Istanbul, octobre 2015 –

Le dimanche par exemple, je devais être quelque part pour 11h. Elle n’était pas sûre de venir. Comme d’hab, je me suis levée, j’ai déjeuné et je me suis préparée. A 10h, elle n’était toujours pas réveillée. Comme je n’aime pas jouer les mamans, je ne l’ai pas réveillée. Non mais c’est quand même pas difficile de brancher le réveil?!!! Hein!? Tu passes la journée sur ton natel et n’es même pas foutue de régler l’horloge! Non mais ça va? Je ne suis pas ta mère!

Mon amie m’avait pourtant prévenue, mais je n’avais pas compris en quoi c’était un problème. Elle me disait : «tu verras, tu devras un peu la pousser pour être à l’heure, donc quand tu iras retiens bien où le chemin pour que tu puisses t’y rendre toute seule. »

Ce matin-là je ne l’ai pas réveillée. D’ailleurs, elle ne m’avait rien demandé, donc je n’ai pas bougé. Et je suis partie.

[…]

Qu’est-ce que je n’entends pas en rentrant? Cette fille qui dit bonjour puis « Tu ne m’as pas réveillée ce matin, pourquoi? » Je n’en revenais pas. Je lui dis que c’est à chacun de se prendre en charge.

Et elle qui, le premier soir que nous sommes sorties en ville, me demandait déjà si on pouvait envisager de partager un appartement pour réduire les frais. Dans ma tête, j’avais déjà tout compris, tout imaginé: ce serait impossible, tu n’en fous pas une, tu ne travaille pas, tu es une larve. Je n’ai pas envie de m’occuper d’une larve qui n’est encore pas sortie de son concon. Même pour épargner du fric, je ne le ferai pas. Alors bon on avait quand même essayé de se trouver des qualités, je lui avait dit qu’elle était très calme et pas stressée et elle m’avait dit que j’étais travailleuse, que je lui faisais penser à sa soeur et qu’elle lui manquait. Ah ouais, donc maintenant, parce que ta soeur te manque et parce que je lui ressemble, je devrai devenir ta soeur de substitution?

Mais le problème viens de moi, de mon égoïsme.

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Bribes turques. 4

Octobre 2015, Istanbul-

Ainsi, les premiers jours avec ma logeuse ont été pénibles. Je l’ai jugée, beaucoup, parce qu’elle a 24 ans, parce qu’elle veut faire genre, qu’elle se préoccupe de son physique et de son téléphone, qu’elle est centrée sur elle-même, à se prendre en photo, tout le temps, à se coucher à pas d’heure et donc à se lever à pas d’heure, à ne rien faire à la maison, ni à manger, ni la vaisselle, ni même ramasser les miettes sur la table. Enfin voilà, bien pénible tout ça quand on est habituée à autre chose, quand ça bouge, quand je suis indépendante, quand je suis seule, quand je suis libre.

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Bribes turques. 3

Octobre 2015, Istanbul-

Par moments il fait froid, mais par endroits la pollution, le chauffage, la foule, réchauffent l’athmosphère. Je viens de mettre ma jaquette en laine, et je crève déjà de chaud.

Ma logeuse est venu me chercher avec sa tante et son oncle. Comme il pleut, le trafic est lent, la ville paraît sombre et sale, inaccueillante.

Tu me manques. J’ai envie de m’enfuir.

Heureusement, j’ai pris une petite valise seulement et mon sac à dos. Les trottoirs sont étroits, bondés, sales et puants, détruits. Nous prenons un bus et roulons pendant au moins 45 minutes. Puis nous prenons un taxi. Enfin, nous arrivons. Il est près de 22h.

Mon amie nous attends. J’ai faim, et comme je l’espérais, elle avait préparé un souper: du bortsch. C’était parfait. Droit ce qu’il me fallait. Et elle m’accueille correctement, me montre tout, me demande comment s’est passé le voyage, ce que je pense de la ville.

Pour l’instant, rien. Ou pour être exact que du dégoût et de la peur. Je suis angoissée et me dis que pour rien au monde je ne viendrai habiter ici, que je ne veux pas, que je ne peux pas. Où sont les arbres? Où est le Doubs? Où est l’air frais et pur de la montagne qui me faisaient si bien dormir?

Je peux l’oublier. Ici, il n’y a pas de répit: toujours du bruit, quelqu’un pour parler, crier, s’énerver, faire une crise cardiaque, mourir, appeler l’ambulance ou la police ou les pompiers ou qui sais-je encore qui serait équippé de sonneries d’alarme.

Entre la frénésie de la ville et mon inertie des premiers jours, il y a un fort décalage. Tout est en turc et moi je baragouine, le peu que je sais, ce qui donne lieu à toutes sortes de malentendus et incompréhensions en tous genres. Quoique, je ne suis pas si sûre qu’il faille beaucoup savoir communiquer pour savoir si oui ou non la personne en face a un caractère compatible au nôtre.