C’est ça qui est trash en fait

C’est plutôt une remise en question constante de ce que tu fais et de ce que tu dis et de ce que tu penses, et c’est ça qui est trash en fait.

Avril 2016, Delémont –

Retranscription d’une conversation Whatsapp

C’est de ces amitiés tellement fortes que quand il y a quelque chose qui pète, c’est la déception. Plus la relation est forte si tu veux, plus la déception est grande, plus la colère est grande, tout ce que tu veux quoi. Mais faut juste pas que ça s’arrête.
Enfin, une relation comme ça, elle se bat si tu veux, enfin, elle ne s’arrête pas comme ça, enfin, il n’y a jamais aucune de nous deux qui a abandonné tu vois.
Mais ouais c’est… c’est la merde. Je ne peux pas avoir de relations simples? Tu sais genre: tout va bien, qu’on se prend pas la tête et tout?
Mais peut-être que je sais quand même pourquoi elle est fâchée. Enfin, je ne pense même pas qu’elle est fâchée, je pense qu’elle doit être déçue. C’est encore bien pire.
Puis bon tu vois dans ce genre de relation, dans ce genre d’amitié, on se ménage pas. On dit jamais ce que l’autre aurait envie d’entendre tu vois. On dit exactement ce qu’il a pas envie d’entendre, et c’est ça qui fait aussi la relation, c’est ça qui fait notre amitié.
On se balance de ces trucs mais arghh. Elle me balance des trucs qui me font super mal et je lui balance des trucs qui lui font super mal. Mais dans le sens où ouais, on peut compter l’une sur l’autre. Elle va nous ramener sur terre quoi, elle nous ramène à la réalité, tu vois, c’est pas genre euh, il y a pas que le fait d’acquiescer à tout ce que tu fais. C’est plutôt une remise en question constante de ce que tu fais et de ce que tu dis et de ce que tu penses, et c’est ça qui est trash en fait.

Le temps qui cause

Petite insatisfaite, je te connais moi, je sais de quelle trempe tu es faite.

Avril 2016, La Haute-Borne –

Un jeudi, un matin pluvieux et plus on monte, plus le vent souffle par endroits. Et il fait froid.
Je monte gentiment, puis d’un pas décidé et constant, et je sens mes mollets chauffer et s’affermir et aimer ça. Etrange rapport à la douleur.
Evacuer, transpirer, laisser sortir, par les pores, par les cheveux.
Je transpire ma déception, ma colère, je cris de douleur dans cette dense forêt bien habitée et foisonnante.
Je voulais me retrouver seule. C’est loupé. Du moins, il n’y a pas d’êtres de mon espèce et c’est tant mieux.

Je commence à apprivoiser l’idée de mon départ, je commencer à l’aimer, je commence à languir après elle.
L’impatience. Allez, allez, viens! Satané jour du départ, pourquoi ne viens-tu pas plus vite, allez dépêche-toi!
Et s’il pouvait parler, il me dirait: 

« Parce que le moment n’est pas encore venu. Tu crois que tu es prête mais ce n’est pas le cas. Puis, si j’étais arrivé plus tôt, tu m’en aurais voulu de venir trop tôt, de ne pas te laisser le temps de « processer », d’intégrer, d’apprivoiser ce voyage. Petite insatisfaite, je te connais moi, je sais de quelle trempe tu es faite. »

Et il aurait raison ce bâtard. Je le déteste parce que le temps a toujours raison. Il faut lui faire confiance et ne pas le brusquer. Il sait et il enseigne.

 

 

La décision

Pourquoi ces départs sont-ils toujours des sortes de fuites, des sortes de cures de rétablissement pour mon petit coeur broyé?

 

Avril 2016 –

C’est le début d’autre chose, enfin! Je m’envole, je m’en vais, j’en peux plus, je dois vivre autre chose. 

Pourquoi ces départs sont-ils toujours des sortes de fuites, des sortes de cures de rétablissement pour mon petit coeur broyé, pour retenter de se réparer, de se refaire, de se retrouver?

Car Cologne, c’était aussi ça, une amitié, un amour-amitié qui me dévastait, qui m’usait. Alors ce départ venait à nouveau à point nommé. Pour reprendre ma vie en main, y donner la direction souhaitée, recoller les morceaux, ralentir, se laisser influencer par les personnes ayant les mêmes objectifs que soi, pour ne plus se perdre. Faire de nouvelles connaissances, se confronter à une autre culture, se refaire un chez-soi.

Et cette fois, ce départ tombe à nouveau bien. Je dois me défaire, me détacher, reprendre le contrôle, dormir, manger correctement, me cuisiner, marcher, prendre l’air. 

Je veux tirer leçon, je veux vivre de nouvelles choses.
Je veux dire oui à tout presque tout le temps, ne plus m’écouter dire que je suis fatiguée.
Je veux m’ouvrir aux autres, refuser les habitudes, les routines.
Je veux essayer des activités qui me sont étrangères, rencontrer de nouveaux lieux.
Je veux apprendre à poser des questions, à être curieuse.
Je veux tester et émettre un avis.
Je veux apprendre toujours, de tout et de tout le monde.
Je ne veux plus avoir peur, ni chercher la facilité.

Je ne veux plus penser que je suis quelqu’un.
Je ne veux plus prétendre connaître les gens, ni prétendre savoir ce qui se passe dans leur tête.
Je ne veux plus non plus me laisser gouverner, même par amour, je ne veux pas, je ne veux plus.

C’est fini, c’est loin, c’est passé.