Bribes turques. 9

Istanbul, décembre 2015 –

Et moi alors j’écris, car je vis une solitude mentale depuis peut-être un jour. Je suis obligée de m’exprimer soit en turc soit en allemand. Je n’arrive pas à suivre. Ca me frustre et j’ai de la peine à ressentir de la joie et de la sympathie. Et face à celles des autres, j’éprouve un sentiment proche de la jalousie et de la rage. Je suis à la rue, je n’arrive plus à assimiler, mon cerveau dit stop, il doit digérer, intégrer. 

Ce qui provoque ces sentiments de tristesse est aussi le fait de me sentir jugée parce que je n’ai pas les réactions attendues aux discours, aux commentaires. En face de moi, ça rigole, ça sourit, mais je suis incapable de faire semblant alors je me contente d’acquiescer bêtement, même si je fais un réel effort pour comprendre et pour m’intéresser. Mais j’ai de la peine à raconter par moi-même des choses, des faits et, quand je commence parfois, je raconte tellement lentement que la personne en face de moi décroche, perds patience, coupe court et me parle d’autre chose.
Ca aussi c’est très blessant.

Mais j’accepte. 

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